Rédigé en 1997 pour le
bulletin de l’ACF Normandie
Mots clés : fantasme,
fin d’analyse, objet, Œdipe, passe
Avatars de l’objet
Ses associations le conduisent à se
souvenir : tout petit garçon, il venait enfin d’arriver à ouvrir tout seul
une porte. Il n’avait pas ménagé ses efforts pour y parvenir : il lui
avait fallu se hisser le plus possible, refermer ses doigts sur la poignée, s’y
suspendre tout en pesant sur le battant pour voir enfin le miracle s’accomplir.
Fier et heureux, il s’empresse de montrer à sa mère de quelle prouesse nouvelle
il est maintenant capable. Elle est dans la salle de bains mais qu’importe, une
porte est une porte et le voilà qui renouvelle avec succès son exploit. Hélas,
au lieu de l’explosion d’enthousiasme attendue, la réaction est brutale, sa
mère s’emporte et l’expulse sans ménagement. Il se souvient encore du
saisissement qu’il a éprouvé quand il a ouvert la porte, qui lui a fait oublier
dans l’instant ce qu’il venait y faire : la blancheur du corps de sa mère
qui était dans la baignoire, face à la porte, l’a sidéré.
La mémoire de cet incident que le
sujet raconte avec une émotion intacte, lui est revenue par une association
d’idées à propos la couleur de la peau. Il avait en effet commencé la séance en
se plaignant une fois plus de ses inhibitions, de sa difficulté à agir, à se
libérer dans tous les domaines de son existence, et donc aussi avec les femmes.
Il lui était alors revenu qu’une fois, une seule, il avait pu se laisser aller
avec l’une d’elles. Il en avait gardé un souvenir ébloui, mais n’avait jamais
pu retrouver cette facilité. La femme en question était de peau noire mais
comme elle était aussi prostituée, il avait répugné à renouveler l’expérience.
Comment allons-nous interpréter,
entendre cette petite séquence clinique ? Laissons de côté le simpliste
psychothérapeute qui nous consternera avec sa force de caractère et
adressons-nous directement à l’analyste freudien de bon aloi, qui nous répondra
sans difficulté : “ C’est très simple, voyons ! Quelle belle
illustration du complexe d’Œdipe. Pour preuve, la femme noire, prostituée de
plus, qui n’est qu’un déguisement par son contraire de la blanche mère. De
surcroît, le triomphe que lui procure son succès dans la manipulation de la
poignée de la porte est un succédané à peine déguisé de la satisfaction
masturbatoire. Faut-il insister au risque de manquer de légèreté, et rappeler
l’identité de la salle de bains avec le corps de la mère, dont il s’agit de
parvenir à passer la porte. Il ne serait guère surprenant que ce garçon, aussi
brutalement chassé du paradis des fantasmes infantiles et renvoyé de l’autre
côté du seuil, ait éprouvé par la suite quelques difficultés à
l’accomplissement de sa virilité, et qu’il éprouve de surcroît une grande
crainte devant tout homme amené à représenter pour lui une figure
paternelle. ”
Rendons hommage à la perspicacité de notre spécialiste
de l’Œdipe .En effet notre sujet n’est pas venu en analyse à cause de ses
difficultés avec les femmes, mais à cause de son impossibilité à terminer ce
qu’il entreprend. Et lui-même, dès les premier temps de son analyse, a rapporté
ce symptôme à sa crainte d’un père par lequel il ne s’était jamais senti
légitimé. Non qu’il n’ait été le fils légitime de son père, mais c’est au
niveau des idéaux qu’un divorce a toujours existé entre eux. Son père,
originaire de la campagne où vivait encore toute sa famille, en avait gardé le
goût, alors même qu’il travaillait et habitait en ville. Est-ce la faute de
notre sujet s’il est né en ville, dans la capitale de surcroît, ce qui lui
valait dans cette famille où il passait toutes les vacances de son enfance le
sobriquet désagréable de “ petit parisien ”. Est-ce sa faute s’il a
alors plus le goût de l’étude et de la lecture que celui de la chasse et de la
bonne chère, pour ne pas parler de la boisson ? Le père lui-même,
responsable au premier chef de sa différence, loin de le défendre, adhérait
sans retenue au chœur des sarcasmes. Peut-être, dans le cas contraire, eut-il
pu s’en sortir en les qualifiant en miroir de “ bouseux ” par
exemple, mais dans son cas c’eut été associer le père à cette insulte, solution
impossible à envisager. Le fait même de penser à cette éventualité sur le divan
va jusqu'à lui donner la nausée et l’envie d’interrompre sa cure, quand il se
dit que l’analyse est probablement le seul moyen pour lui de résoudre son
problème avec les femmes, dont il n’avait jusqu'alors jamais parlé. C’est dans
cette suite que lui revient le souvenir évoqué.
Interrogeons donc notre clairvoyant analyste, dont les
hypothèses se sont si brillamment confirmées, sur ce que doit être l’objectif
final et l’issue de la cure. Il n’aura pas plus de mal à nous répondre :
“ Lui permettre de passer la porte, enfin ! Il est temps que ce jeune
adulte se rende compte que s’il désire les femmes c’est parce qu’il a eu la
chance d’avoir une mère interdite qui est au départ de son désir pour toutes
les figures substitutives de cette femme originelle. C’est ainsi, que
voulez-vous, à l’Œdipe on n’échappe pas. Mais il est temps aussi qu’il se rende
compte qu’un substitut n’est justement pas l’original et que l’interdit n’a
plus cours. Inutile donc de craindre un père qui n’a plus cours non plus. Qu’il
y aille franchement, passe cette porte et se jette dans la baignoire pour faire
ce qu’il a à y faire. Qu’il se déshabille avant d’entrer dans la baignoire ou
après est une affaire de tempérament et de goût personnel, sur lequel la
psychanalyse, résolument libérale, n’a pas à trancher. D’autant que, l’analyse
l’ayant amené à être l’adulte responsable qu’il doit être, au lieu de devoir
tristement recourir au ravalement qui était au départ la condition de sa
satisfaction, comme l’indique la fait qu’il s’agissait d’une prostituée, il ne
manquera pas de tenir compte aussi des souhaits de son objet d’amour, qu’il
traitera avec le respect dû à un autre sujet. ”
Hélas, comme nous le savons depuis son aube, la
psychanalyse n’est guère propice au consensus et à l’harmonie. Voici donc notre
interlocuteur sévèrement rabroué par un collègue qui a suivi les séminaires de
Lacan à Sainte-Anne : “ Cher ami, au risque de me brouiller
définitivement avec vous, il me faut bien vous dire que votre lecture du cas de
Strauss est d’une rare imbécillité. L’Œdipe à vous entendre n’est pas même un
sécateur qui coupe tout ce qui dépasse, mais une pesante meule de pierre qui
mouline tout à son aune. Vous êtes, en moins drôles, les descendants de
l’obscurantisme des médecins de Molière, simplement vous avez remplacé le
poumon par l’Œdipe. Tristesse, ennui et stérilité sont les fruits de votre
monomanie paresseuse. Voyez les choses de près, vous réduisez l’être humain à
un obsédé du coït et vous voulez faire croire que son seul objectif est cette satisfaction
aussi aléatoire que transitoire que lui procure son pauvre et capricieux
organe. Que faites-vous de la clinique qui nous montre qu’il peut n’en pas
vouloir, et pas seulement parce qu’il est névrotiquement ramolli, mais parce
qu’il peut y préférer une forme ou une autre de sublimation ? Que
faites-vous de l’aspiration à Autre chose, que nous indiquent la prière, la
veille, et d’autres choses encore dont vous trouverez la liste dans la
“ Question préliminaire... ” que vous n’avez bien sûr pas lue. Ce qui
est au cœur de ce cas, j’oserai dire que ça saute aux yeux, pour peu qu’ils
soient quelque peu dessillés par l’usage des catégories que sont l’imaginaire,
le symbolique et le réel, c’est le phallus. Bien sûr que son partenaire est sa
mère et qu’à ce titre il est légitime de parler d’Œdipe. Encore faut-il ne pas
manquer l’objet véritable de la quête de ce sujet. Ce qui l’anime n’est pas la
recherche d’une satisfaction d’organe, mais le désir, disons même le désir du
désir, comme il est clair que se définit l’amour. Il ne veut pas jouir
sexuellement, il veut être le phallus de sa mère. Certainement l’est-il,
imaginairement ; ce n’est sûrement pas la première fois qu’il parade
devant sa mère, probablement ravie et plus qu’encourageante. Souvenez-vous du Petit
Hans, parfait phallus imaginaire de sa mère jusqu’au moment où elle le rabroue,
après qu’il lui ait exhibé son érection, situation fort similaire à celle de
notre sujet. Dans ce souvenir traumatique ne se représente rien moins que la
castration de la mère, de l’Autre. Sa difficulté propre réside dans
l’assomption de sa propre castration, d’autant qu’il est un garçon, c’est à
dire pourvu de l’organe. Probablement cette symbolisation de la castration
est-elle, comme dans le cas de Hans, empêchée par un défaut dans la métaphore
paternelle. Il est probable que la mère ne partage pas absolument les plaisirs
simples et robustes de son mari et qu’elle est plus portée à lui opposer, par
la lecture et la rêverie, une insatisfaction structurale, non sans avoir fait
de son fils un allié aussi complaisant que captif. Qu’elle soit une hystérique
est confirmé par l’effroi manifestement démesuré qu’elle a manifesté au moment
de son intrusion, effroi qui a donné son orientation à la position subjective
de ce dernier. C’est pour sa défense contre la castration imaginaire qu’il fait
alors appel à un père idéal qui ne serait pas châtré mais maître de son désir
comme de son plaisir, ainsi que l’atteste la figure de jouisseur qu’il en
dresse. Ce père idéal qu’il craint indique mais surtout voile sa rencontre avec
la castration, préservant son identification au phallus. La cure doit lui faire
entrevoir cette position pour lui apprendre l’impossibilité structurale d’être
le phallus qui n’est pas un organe mais un signifiant, tout comme le père n’est
pas une personne mais une fonction. Que
n’étiez-vous à Royaumont en 1958 pour entendre la fin du rapport de Lacan, à
propos du phallus : “ ...il faut que l’homme, mâle ou femelle accepte
de ne pas l’avoir, à partir de la découvert qu’il ne l’est pas. ” Ses
inhibitions, qui sont les conséquences de son identification au phallus
imaginaire, tomberont alors comme peau morte et il, au lieu de s’échiner à
confondre l’organe et la fonction, il pourra enfin s’égaler à sa parole, rejoignant
la subjectivité de son époque pour prendre sa place dans l’échange humain dont
le manque est l’éminente matière et le symbole l’impalpable support. ”
Notre
lacanien parlerait depuis longtemps seul, son interlocuteur épouvanté autant
qu’enragé s’étant assez vite éclipsé,, si un jeune membre de l’Ecole Freudienne
de Paris n’avait entendu ce débat avorté. Travailleur décidé et enthousiaste,
ce dernier ne peut rester sans réagir : “ Cher ami, malgré la
différence d’âge qui nous sépare et le grand respect que je porte à votre
apport passé à notre mouvement, la question est assez grave pour que vous me
permettiez de vous reprendre sur certains points, sans quoi vous risquez de
nous mener à une Babel où se dissoudra la parole de Lacan. Ce que vous dites ne
manque assurément pas de fondement mais est incomplet. Votre conception de la
castration a été corrigée par Lacan lui-même, et très rapidement. Ne faisons
pas les mêmes erreurs que celles qu’à juste titre vous dénonciez et ne
remplaçons pas l’Œdipe par un phallus mis à toutes les sauces. Le sujet est
certes sujet du signifiant mais ses actes, et non le moindre d’entre eux, le
sexuel, ne peuvent se réduire au pur symbole. Nous ne pouvons pas négliger le
fantasme, soutien du désir, dont le phallus est certes le signifiant, mais dont
l’objet a est le pivot. Cela nous permet, en tenant compte de la pulsion
qui fixe l’être du sujet, de rendre compte de la permanence du symptôme malgré
son interprétation à partir de la signification phallique. Le phallus n’est pas
un objet, rappelez-vous que Lacan l’a rapidement retiré de sa liste pour
réduire cette dernière à quatre éléments. Pour illustrer cela, reprenons le
cas, voulez-vous ? Quels sont les objets en jeu dans cette petite scène,
dont l’important n’est pas qu’elle ait eu lieu ou pas, mais qu’elle mette en
scène de façon romancée le fantasme du sujet ? L’objet anal et le regard,
à l’évidence. C’est bien au regard de l’Autre qu’il se présente comme objet
anal, soit sur son versant admirable quand il est habillé de la signification
phallique que seul l’Autre peut lui conférer, soit sur son versant de déchet
misérable quand l’Autre lui refuse cette identification. Le désir, en tant
qu’il est toujours phallique, est certes une défense contre le manque, mais
aussi le voile que fournit et garantit le symbole, grâce à la métaphore
paternelle, voile porté sur un objet qui n’est pas symbolique et où vient se
réfugier le peu d’être du sujet, qu’il s’emploie à inscrire dans l’Autre par le
biais du fantasme. C’est pourquoi cette petite scène est paradigmatique de ce
qui sera, sauf analyse, la vie de ce sujet dans tous les domaines. Il va
s’employer, son existence durant, avec les partenaires qui s’y prêteront, à en
répéter la pantomime. Il se fera être, autant qu’il lui est possible, une merde,
non sans épargner les autres d’un destin semblable, du fait de la réversibilité
du fantasme. Ceci n’est pas sans donner des indications précieuses sur la
tonalité que prend le transfert chez lui, comme sur la conduite de la cure que
doit adopter l’analyste. Pour se déprendre de la répétition de ce scénario,
indépendamment des scènes sur lesquelles il se joue, il lui faudra reconnaître,
après avoir dégagé la voie par la levée de son identification au phallus, étape
nécessaire assurément, qu’il est l’étron de son fantasme. Ce n’est que par
cette traversée du fantasme, sur lequel il pourra prendre du coup une vue
perspective de ce qui le déterminait, qu’il pourra laisser choir un faux-être
d’autant plus précieux qu’il lui est inconnu. Pour reprendre une image
développée par Jacque-Alain Miller lors d’une de ses interventions, il pourra,
avant de quitter la salle pour se présenter à la passe, se retournant une
dernière fois, identifier la tache au bas du tableau, qui n’a du phallus que la
forme anamorphique et dont la vraie figure est plutôt propre à susciter dégoût
et horreur. Voici une traversée autrement plus conséquente que celle du seuil
d’une salle de bains. En vérité, que pourrait-il attendre d’autre de cette
dernière qu’une déception méritée, s’il s’obstinait ainsi dans l’impasse de
tenter de faire exister le rapport sexuel ?”
Un juste repos pourrait sanctionner cette progression
à la fois conceptuelle et pratique si quelques voix discrètes, issues souvent
des cartels de la passe de l’Ecole de la Cause Freudienne, ne venaient
désagréablement contrarier cette fin heureuse : “ Heureux, ce sont
souvent, trop souvent les sujets qui le sont, à entendre leurs témoignages de
passe. Il faut tout le paradoxe propre au champ analytique pour y rencontrer
des gens qui se disent soulagés et transportés de savoir enfin qu’ils sont une
merde, plus rarement un des trois autres objets. Certes, il en est parmi eux
qui prennent la précaution de préciser que c’est là ce qu’il étaient et qu’ils
ne sont plus depuis qu’ils le savent, mais il est regrettable dans ces cas
qu’ils ne disent pas ce qu’ils sont d’autre et que souvent leur usage de la
procédure de la passe elle-même montre une répétition à eux inaperçue. Ne
sommes-nous pas en train de répéter toujours la même mauvaise habitude, en
dépit des avertissements de Lacan, celle de nous asseoir confortablement sur
une explication universelle dernière ? Après l’Œdipe et le phallus,
l’objet a substantifié. C’est pourtant bien Lacan qui dans
“ Télévision ” a distingué l’objet de ses “ substances
occasionnelles. ” et Jacques-Alain Miller ne manque pas d’insister dans
son cours sur la valeur de semblant qu’il lui a attribué à la fin de son
enseignement. Identifier l’objet n’est pas moins une identification, avec ses effets
apaisants mais aussi clôturants, que lorsqu’il s’agit d’Oedipe ou de phallus,
et procède à l’inverse de la destitution subjective.
Pour ce cas, en quoi cela en infléchit-il la
lecture ? Il ne s’agit pas de nier l’Œdipe, de méconnaître
l’identification phallique, et derrière celle-ci l’identification à l’objet,
mais il faut pourtant aller encore au delà. Quel est alors l’élément
déterminant dans le souvenir ? C’est le saisissement éprouvé par le sujet,
dans son corps, à la rencontre d’un objet ni représenté ni représentable, par
là traumatique, figuré en l’occurrence par la blancheur du corps de la mère.
C’est bien de castration qu’il s’agit, mais en deça de la castration de la
mère, il y a le fait que comme sujet il ne se reconnaît pas dans ce qu’il
éprouve, avec d’autant plus de violence du coup. La castration est d’abord
l’impossible rapport entre l’expérience de la jouissance, qui est éprouvée,
d’une part et d’autre part de la représentation, au fondement de tout savoir
articulable. De ce point de vue, cette “ mauvaise ” rencontre est à
mettre en série avec ce que Freud avance et que Lacan reprend de la rencontre
du sujet avec l’excitation sexuelle, et du fantasme “ Un enfant est
battu ”. Il nous montre avec ce fantasme que, s’il n’y a pas de rapport
entre le jouir et la représentation, autre façon de dire qu’il n’y a pas de
rapport sexuel, il y a néanmoins une rencontre particulière et décisive.
Reportons-nous au chapitre III du Séminaire XVII, “ L’envers de la
psychanalyse ”, et particulièrement aux pages 55 et 56, où Lacan commente
ce fantasme de fustigation, dégageant ce qui est à la racine de tout
fantasme : “ ...c’est à son niveau, et à nul autre, que se touche
l’équivalence du geste qui marque, et du corps, objet de jouissance. ” Du
résidu de ce moment inaugural d’équivalence, de rapport donc, perdu dès
l’instauration de la répétition signifiante, du plus-de-jouir, se déduit tout
la constitution du sujet, depuis le fantasme jusqu’au moi, en passant par le
désir et ses identifications. Lacan est ainsi amené développer une forme très
spéciale de savoir rapporté au trait unaire, travaillant pour la jouissance et
distinct des savoirs articulés. Citons-le : “ C’est là le creux, la
béance que sans doute viennent d’abord remplir un certain nombre d’objets qui
sont, en quelque sorte adaptés par avance, faits pour servir de bouchon. C’est
là sans doute qu’une pratique analytique classique s’arrête, à mettre en valeur
ces termes divers, oral, anal, scopique, voire vocal. ” Qui Lacan
critique-t-il par sa référence à une pratique analytique classique, sinon
lui-même, car qui d’autre que lui a mis en valeur ces quatre objet, et
particulièrement les deux derniers, strictement de son cru ? Mais
poursuivons ce passage où il nous indique sa solution : “ Ce sont les
noms divers dont nous pouvons désigner comme objet ce qu’il en est du a
- mais le a, en tant que tel, est proprement ce qui découle de ce que le
savoir, dans son origine, se réduit à l’articulation signifiante.
La solution pour notre sujet, telle que nous pouvons
la formuler actuellement, est donc de se découvrir sujet d’une rencontre perdue
et donc manquée entre d’une part une marque, qui relève plus de l’écrit que de
la parole, et d’autre part le corps comme objet de jouissance. Il doit se
découvrir sujet de la castration donc, c’est à dire pure coupure entre
l’altérité radicale du signifiant et celle du corps. S’en déduit la destitution
de toute identification, y compris à un objet-bouchon, et la reconnaissance
d’une marque particulière et singulière, reste de cette opération, qui sera
toujours pour lui le plus intime et le plus étranger. Sachant alors que
stationner dans cet intervalle de la coupure pour le faire consister est aussi
impossible au parlêtre que de s’identifier à son être, il pourra consentir à ce
que son existence soit une succession indéfinie d’allers et de retours de part
et d’autre du seuil, et sa satisfaction tiendra dans ce mouvement même, autant
que dans ce qu’il trouvera à son goût d’un côté comme de l’autre ”.
Au fait, qu’avons-nous dit à ce sujet au moment où il
nous a rapporté cette scène ? Rien, bien sûr.